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mardi 26 mars 2013

Les Dames Baroques, Anthologie


● Titre d'origine : Les Dames Baroques
● Date de parution : 2010
● Nombre de pages :300
● Édition de ton livre : Editions du Riez
● Quatrième de couverture :

Anthologie dirigée par Estelle Valls de Gomis.

"La Femme Fatale, une figure du quotidien mais aussi de l’imaginaire séculaire : de Circé à Marie-Madeleine, de la Reine Margot à Vampirella, de Marilyn Monroe à Lilith, de la fée Morgane aux succubes les plus vénéneuses, la vamp, la sorcière, l’enchanteresse, la Belle Dame Sans Merci a toujours inspiré les artistes et les écrivains, mais aussi le commun des mortels. Aimée des uns, haïe des autres, elle peuple de ses courbes protéiformes les pages de la littérature. Estelle Valls de Gomis, écrivain et anthologiste, a rassemblé de jeunes auteurs et des plumes confirmées pour vous dévoiler les Salomé et les Iseult de la littérature fantastique et de fantasy."


Au sommaire de l’anthologie :
Précieuse Icône (Carole Grangier)
Le baiser de la sorcière (Armand Cabasson)
Derrière les ombres (Charlotte Bousquet)
Lapidaire (Karim Berrouka)
Le jour de la Belladone (Justine Niogret)
Reflet dans une opale (Daniel Alhadeff)
Jusqu’au bout de la vérité (Cyril Carau)
La dame de Gwenninis (Tepthida Hay)
L’essor (Sophie Dabat)
Rosae Furiarum (Morgane Guingouain)
Succube (Sire Cédric)
Les crocs de la Basilicate (Eli Darco)
Serments, Eternels serments d’amour (Leonor Lara)
Le bol d’argent (Lucie Chenu)
Isabella (Sophie Goasguen)
La princesse aux Lys rouges (Jean Lorrain)
La Reine Margot (Joris Karl Huysmans)
Gottfried Wolfgang (Petrus Borel)
La belle aux Cheveux d’Or (Madame D’Aulnoy)
Le Cachet d’Onyx (Jules Barbey d’Aurevilly)





● Mon avis :





Dans le cadre d'une lecture commune avec Erine, j'ai enfin sorti de ma PAL cette anthologie dirigée par Estelle Valls de Gomis. Le quatrième de couverture ainsi que la couverture attisaient mon intérêt depuis fort longtemps et il me fallait donc ouvrir ce livre. Et quoi de mieux qu'une lecture où le partage des ressentis et les impressions font l'objet d'un échange, car la lecture, bien que plaisir solitaire, mérite grandement d'être partagée.

Bon nombre des auteurs présents au sommaire de ces Dames Baroques résonnaient à mon oreille pour les avoir de nombreuses fois vues ou côtoyées sur la toile. Malheureusement, je n'avais lu que très peu de ceux-ci et donc la fébrilité de découvrir leurs écrits pour la première fois se faisait ressentir.
Avant de plonger au cœur de cette anthologie, la préface signée Charlotte Bousquet nous présente tout l’intérêt de ces Dames Baroques et des auteurs qui y sont regroupés. Carole Grangier ouvre le bal des Dames Baroques en nous transportant dans un rêve éveillé, dans un autre monde plein de poésie avec sa Précieuse Icône, mais nous laisse quelque peu confus.
La nouvelle suivante que l’on doit à Armand Cabasson nous transporte à l’époque médiévale en pleine chasse aux sorcières. Tout y est si proche de la réalité historique que cela aurait pu être une histoire vraie, mais Le Baiser de la sorcière reste un texte fantastique avec une fin digne d’une sorcière.
En plus d’avoir signé la préface, Charlotte Bousquet  nous emporte Derrière les ombres où la mythologie grecque refait surface en pleine époque de la renaissance. On y retrouve ce que m’inspire le titre des Dames Baroques en la présence de femmes savantes.
Dans Lapidaire, Karim Berrouka nous conte une histoire en provenance directe des Milles et Une Nuit avec une femme joyau que tous désirent sans jamais la séduire. Sans doute parce que je ne suis pas très inspiré par ces contes, je n’ai pas su me laisser convaincre malgré l’écriture très agréable.
Le Jour de la Belladone nous transporte dans un univers Fantasy que Justine Niogret maitrise parfaitement et ce culte qu’elle nous présente avec cette femme qui nous le raconte. Une histoire très belle qui me laisse le sentiment de n’être qu’une partie d’un univers bien vaste que j’aimerais pouvoir découvrir.
Daniel Alhadeff nous propose une nouvelle qui se déroule à notre époque et met en scène une femme qui va se retrouver complètement absorber par le Reflet dans une Opale. Ce texte semble onirique et l’on se retrouve détaché du monde réel comme l’est son héroïne jusqu’au retour à la réalité.
Jusqu’au bout de la vérité, c’est le titre prometteur de cette histoire que nous propose Cyril Carau. Pour ce faire, il nous plonge dans le Londres de l’époque victorienne. Un lieu mythique pour les Dames Baroques, je trouve. L’histoire d’une rencontre et d’un amour passionné entre un dandy et une jeune femme renversante. La jalousie et la curiosité entachent cette idylle. Le dandy souhaite connaître la vérité. Cette nouvelle fut l’un de mes coups de cœur de l’anthologie, car l’écriture de l’auteur ajouté à l’histoire et sa chute la rendent succulente.
La nouvelle suivante, écrite par Tepthida Hay, relate les conséquences d’une rupture douloureuse par-delà les siècles par le biais d’une malédiction. Le style et l’histoire de l’auteur nous offrent un bon moment de divertissement avec La Dame de Gwenninis.
Sophie Dabat nous propose L’Essor, une nouvelle que l’on classifierait plus dans l’univers de la Fantasy, mais sans pourtant en être certain. Nous y découvrons un peuple qui capture et emprisonne des créatures qui nous semblent en tout point semblables. Les effets sont ménagés de telle sorte que les dernières révélations nous laissent sur de nombreuses questions, notamment l’identité de ce peuple de chasseurs.
Le texte suivant, Rosae Furiarum, semble nous présenter une histoire anodine d’amour interdit d’un frère pour sa demi-sœur avec la jalousie dans toute sa splendeur et se révèle être très violente psychologiquement tant on ne s’attend pas à la chute. Morgane Guingouain, d’un style des plus agréables, se révèle une très bonne découverte même si sa nouvelle pourrait en gêner plus d’un.
Ensuite, Succube, un écrit ancien de Sire Cédric dépoussiéré pour cette anthologie, apporte une bonne dose d’érotisme et de gore d’une écriture très fluide et poétique. Cette nouvelle ne devrait laisser personne indifférent, vous aimerez avec entrain ou vous serez rebuté par ce que vous lirez.
Elie Darco nous présente avec Les crocs de la Basilicate un récit mettant en scène une femme difforme et boiteuse, à qui la vie ne sourit pas tous les jours, dans une époque lointaine. Elle se révèle courageuse et la chute a tout pour nous ravir. En tout cas, elle m’a entièrement satisfait au vu des traitements qu’elle a subis.
Serments, Eternels serments d’amour… a tout de la geste du moyen-âge que l’on chanterait aux jeunes demoiselles à la recherche d’un époux. Au début, une belle et heureuse histoire d’amour entre un chevalier et une dame, mais ensuite vient s’installer un climat oppressant. Léonore Lara nous propose un style en harmonie avec l’histoire qu’elle nous conte.
Lucie Chenu avec Le Bol d’Argent offre un nouveau récit où le rêve rejoint la réalité allant même à en dépasser les frontières. Le fantastique habite tout du long cette nouvelle et la chute est amenée tout en finesse.
Isabella de Sophie Goasguen nous présente l’histoire d’une jeune femme qui souffre d’amnésies suite à l’achat d’une bague. Tout au long, l’auteure nous dévoile les événements qui suivent cette acquisition. Ce qu'on lit se révèle digne d’intérêt et le final nous saute au visage.
Après la lecture de tous ces auteurs contemporains, l’anthologie nous fait découvrir des auteurs des siècles précédents. Jean Lorrain est le premier avec La Princesse aux Lys Rouges. On y découvre une princesse élevée dans un cloitre auprès nonnes. Elle n’a rien d’une sainte comme on le découvre au fil des pages et le final s’avère étonnant. Le style est assez facile à lire malgré l’époque d’écriture.
La Reine Margot de Joris Karl Huysmans nous dresse un tableau d’une époque passée alors qu’un homme compare ce qu’il voit à ce qu’il a vécu par le passé. Cette nouvelle est la plus courte de l’anthologie et sa taille ne la rend pas moins digne d’intérêt.
Pétrus Borel nous plonge ensuite dans une atmosphère assez étrange où un homme relate l’histoire qu’il a trouvée dans un tas de paperasse. Celle d’une rencontre entre un jeune homme, Gottfried Wolfgang, et une jeune femme au pied d’un échafaud. Le final de ce récit s’avère des plus surprenants.
La Belle aux Cheveux d’Or de Madame d’Aulnoy a tout du conte de fées, une princesse à la beauté inégalable. Un prince fait tout son possible pour conquérir son cœur et envoie un ambassadeur en ce sens. Le style n’est pas trop marqué du 17e siècle, époque où a été écrit ce récit. Malgré tout, j’ai beaucoup de mal avec les contes, bien que tous les ingrédients soient réunis pour qu’il soit digne des plus grands.
Enfin le dernier texte des Dames Baroques est l’œuvre de Jules Barbey d’Aurevilly avec Le Cachet d’Onyx. Ce récit raconte l’histoire d’un homme qui a souillé l’amour d’une femme. Il est le texte que j’ai le moins aimé ou peut-être aussi le moins compris me direz-vous. Cela reste à voir.

Vous donner mon avis sur cette anthologie ne se limite pas seulement à mon ressenti pour chaque texte séparément, mais également à mon ressenti global sur ce livre. Les Editions du Riez nous ont donc proposé une thématique des plus intéressantes pour cette anthologie. Il y a fort à faire sur le sujet de ces Dames Baroques et les auteurs regroupés en ces pages nous ont proposé des textes abordant dans la globalité ce que représentent ces Dames. Femme fatale, femme faible, sorcière, princesse, femme blessée, créature surnaturelle… toutes ont leur place dans les nouvelles qui composent cette œuvre.

Il est vrai que les mythes et légendes que l’on retrouve par le monde ont marqué à tel point les imaginaires que la thématique de l’objet ensorcelé ou maudit est reprise à plusieurs reprises au fil de cette anthologie sans pour autant avoir un sentiment de répétitions des histoires.
Parmi les 20 récits au sommaire des Dames Baroques, j’ai eu quelques coups de cœurs, notamment Jusqu’au bout de la vérité, Rosae Furiarum, Succube. Ces nouvelles furent très fortes au niveau de leur chute et donc très marquantes.
D’autres m’ont laissé sur ma faim et j’espère découvrir un jour une suite. Le jour de la Belladone, L’Essor sont ceux que j’espèrerais le plus voir approfondis.

Le travail de sélection d’Estelle Valls de Gomis, l’anthologiste, et du comité de lecture se révèle de très bonne qualité et le résultat en est à la hauteur. Une question relative justement au rôle de l’anthologiste est fréquemment revenue lors de nos échanges avec Erine : y’a-t-il une raison particulière à l’ordre des nouvelles ? Pourquoi une telle interrogation me direz-vous ? Tout simplement, car l’ordonnancement des textes nous a paru ne pas toujours rendre leur juste valeur aux récits.
L’illustration de couverture, signée Natalia Pierandrei, illustre à merveille la vision que m’inspire le titre. C’est-à-dire celle des femmes de la fin de la renaissance et plus encore celles de l’époque victorienne.

Au final, cette lecture fut plus que plaisante, car bien que certains textes m’ont beaucoup moins plu ou accroché, cela n’enlève en rien leurs qualités et le fait qu’ils plairont à d’autres. Et les bonnes découvertes furent nombreuses au fil des pages des Dames Baroques. Je ne peux que vous conseiller de jeter un œil et même les deux avec attention sur cette anthologie aux Editions du Riez.


Je remercie également Erine pour le partage de cette lecture et les échanges qui en ont découlé. Au plaisir de partager une nouvelle lecture.
Et surtout ne manquez pas sa chronique !